Histoires de voir

Mignonneries

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Dans la catégorie « C’est-ti pas mignon la nature quand même ! », je déclare la Mésange à longue queue scandinave, vainqueur! Je précise « scandinave » car ici elle a la tête toute blanche tandis que dans le reste de l’Europe elle a un large sourcil noir et est du coup un peu moins mignonne (mais juste un peu!)….à mon humble avis, évidemment!
 
Alors que j’étais dans les montagnes, je me suis aventuré sur les bords du fjord, parfaitement lisse en ce jour sans vent et ensoleillé. Lors d’une pause, voilà une petite Mésange à longue queue qui passe par là avec son repas dans le bec. Tiens! une deuxième qui la suit mais avec une grosse touffe de mousse. Oh purée! ce n’était pas son repas. Elles sont en train de construire leur nid. Je n’ai qu’à les suivre aux jumelles pour les découvrir posées sur la moitié d’un nid en pleine construction dans une fourche de bouleau. Quelle occasion en or! Alors qu’en France elles sont si souvent dans des buissons impénétrables, me voici installé à une dizaine de mètres, à hauteur grâce à la pente, à les observer faire les aller-retours. Je sors tout ce qu’il faut pour une aquarelle, car demain je reprends le bateau, et il est hors de question de rentrer sans image de ça.
 
Mais ce n’est pas aussi simple car les aller-retours ne sont pas nombreux. Et oui, elles reviennent parfois avec des touffes de poils de moutons. Or, le seul pâturage se trouve à presque deux kilomètres à l’Est, à vol de mésange. C’est dire le dévouement à l’ouvrage. Bien sûr, quand il s’agit d’animaux, et surtout petits comme ceux-là, on parle d’instincts et d’automatisme, et surtout pas de choix ou d’intelligence. Et bien j’invite n’importe qui de cet avis-là à regarder ces mésanges tisser de la toile d’araignée, autre ingrédient essentiel de ces nids. Avec une délicatesse et une précision exceptionnelles, les voici qui reprennent les fils d’araignée pour les ancrer un peu plus haut à tel bout d’écorce, autour de telle brindille. Puis elles le déplacent à nouveau pour que ça convienne mieux, et ajustent tel bout de lichen ou de mousse. Elles anticipent la suite des travaux car le nid finira par être une boule complète avec une ouverture circulaire pour l’entrée. Ultime étape avant de repartir, la voici qui enfonce la poitrine avec force sur le bord du nid pour pédaler frénétiquement avec les pattes arrière pour tasser l’autre bord! Hilarant ! Pendant ce temps on peut sentir bouillir l’impatience du partenaire qui, posé à quelques centimètres le bec plein de lichens, ne rêve que de sauter sur le nid pour faire sa part du travail.
 
Côté papier, c’est compliqué. Rien ne bouge pendant de longues périodes, et quand elles sont là, c’est une activité frénétique d’une à deux minutes. En leur absence, j’avance mon aquarelle, tête baissée car je peux les entendre approcher à leur cris légers. A ce moment-là, j’écarte la feuille d’aquarelle, prends le bloc de croquis et dessine tant que je peux. Elle repartent, toujours à deux, inséparables dans le travail, et je reprends mon aquarelle. Après deux trois heures de ce manège, le soir venu, alors que les allers-retours se font de plus en plus espacés, je pars terminer la journée au bord de l’eau, dans un calme absolu, au son des parades de Plongeons catmarins, sous le vol d’un Pygargue à queue blanche. Une nuit de rêve sur un matelas de mousses, encore quelques heures avec les mésanges et le bateau vient me chercher.
 
Vous voyez ici les images de terrain, mais d’autres aquarelles viendront avec l’aide des croquis que j’ai pu faire. Ce n’est donc pas la dernière image de ces championnes de la mignonnerie que vous verrez ici !
 
Adrien

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