Ça aurait dû être de l’eau. Ce fut de la glace.
Nous aurions dû simplement entrer. Il a fallu nous frayer un accès.
Des plaques de glace comme pour ralentir. Nous avons tous ralenti.
Aurevoir l’excitation du toujours plus, plus grand, plus proche.
On se fait attraper par le paysage.
Naviguer la banquise comme pour naviguer ses pensées.
L’immobilité progressive se heurte à de la glace rugueuse ou se laisse distraire par le cri d’un manchot.
Même lorsqu’un baleine émerge, la lumière environnante trouve le moyen de calmer l’excitation.
Non pas en rabat-joie. Tout en apaisement.
Qu’est-ce qui dans le paysage et la lumière recentre si calmement ?
La fatigue de la soirée. Comment aller au lit ?
L’esprit s’apaise, arrête de penser et observe.
Plus de photos. Plus de discussion. La foule s’est tue et se disperse.
Les solitudes et les regards trahissent ce que remue en nous le paysage.
Une amie m’a dit : « L’ Antarctique a le don de nous dénuder jusqu’à ce qui compte vraiment ».
Le soleil dans son interminable descente.
Presque minuit. Dernier rayon.
Enfin débarrassés des chaudes couleurs du soir.
Ce qui aurait pu être la fin n’est que le début d’un nouveau spectacle.
Le vrai spectacle.
Celui des subtilités et des nuances.
Des couleurs pastel et des doux contrastes.
Imperceptible assombrissement.
Je pourrais faire une autre peinture. Non.
Mains dans les poches, j’épouse l’immobilité de l’eau, de mes pensées.
Encore une plaque de glace. Un manchot. Une baleine.
Ça aurait dû être de l’eau, mais par chance, ce fut de la glace.
Aquarelle de terrain, 19 x 28 cm.


